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Formation supérieure en langue bretonne


 

Pourquoi la création d’une formation supérieure en langue bretonne ?

 

1. Argumentaire de Lukian KERGOAT

 

Lukian KERGOAT

maître de conférences de breton, Université Rennes 2

responsable de la commission "Enseignement supérieur de langue bretonne" du Conseil Culturel de Bretagne

membre du CA de Stumdi

 

 

         Stumdi, organisme de formation continue agrée, a acquis une expertise en matière de formation intensive en breton. Sur ses sites de Landerneau (29) et Ploemeur (56), le centre propose une large palette de stages.

Les résultats de ces formations sont très satisfaisants. Le niveau linguistique atteint par les stagiaires au terme du stage de 6 mois, par exemple, est tout à fait remarquable. L'insertion professionnelle semble aussi être une réalité : 71 % des stagiaires des deux années dernières ont aujourd'hui un contrat de travail, 24 % poursuivent une formation complémentaire. Les métiers de l'enseignement concernent 60 % des anciens stagiaires, qu'ils soient sur un poste ou en formation. La proportion des anciens stagiaires en contrat de travail qui ont tiré profit dès leur sortie de stage de leur compétence linguistique nouvellement acquise atteint 70 %.

 

         Aujourd'hui Stumdi souhaite élargir son offre de formation. La création d'un stage de perfectionnement linguistique, de pratique et de création en breton est envisagée. Ce stage serait encadré par le personnel en poste à Stumdi et ferait aussi intervenir des compétences extérieures, notamment universitaires.

         Le stage d'une durée de 3 mois (plus de 400 heures[1]) s'organiserait autour d'ateliers quotidiens ou hebdomadaires touchant à des thèmes variés : expression orale et communication, scénarisation et théâtre, critique littéraire et écriture, tradition populaire et transmission, pratiques et dynamiques bilingues, variation/norme et terminologie...

         Il existe un public potentiel pour ce type de stage. A l'issue de leur parcours d'apprentissage du breton (cours du soir, stages plus longs...), bon nombre de  stagiaires souhaitent approfondir et compléter leurs compétences par des activités d'application. De nombreux enseignants et acteurs de l'enseignement bilingue pourraient tirer profit d'une telle formation pratique et une demande est déjà formulée dans ce secteur. Le cadre de la formation continue est approprié pour intégrer ce genre de stage.

 

         La formation projetée n'existe pas ailleurs et sa création ne semble pas être envisagée par l'enseignement supérieur. Le principe de la création de DU (Diplôme d'Université) est écarté par les départements universitaires de breton ;  dans l'organisation de ses cursus, l'université privilégie, en effet, les diplômes reconnus nationalement.

         Les cursus de breton aujourd'hui existant à l'UBO et Rennes 2 sont la continuation des habilitations obtenues dans les années 80 et 90[2]. La maquette de la spécialisation "breton et celtique" est calquée sur celle des cursus de "langues et civilisations étrangères".

 

A l'époque de leur création, les diplômes étaient en adéquation avec les besoins. La situation de la langue bretonne dans l'enseignement, en amont de l'université, était alors bien modeste. La création d'emplois en breton, même dans les écoles, était encore insignifiante.

 

Un public existe toujours pour le type de cursus universitaire en place, mais d'autres besoins apparaissent aujourd'hui en terme de parcours. Les promotions issues des filières bilingues ne trouvent pas de prolongement cohérent à leur pratique bilingue dans l'enseignement supérieur. Les stagiaires issus de la formation continue peuvent s'inscrire dans l'enseignement supérieur afin de valider une compétence[3], mais l'offre de formation ne correspond pas toujours à leurs attentes.

         Le champ de la préparation aux métiers de l'enseignement est globalement bien investi, mais le recrutement par les centres de formation (IUFM, Kelenn, CFP) se heurte au manque de candidats suffisamment compétents en breton. Entre les connaissances disciplinaires et la mise en pratique pédagogique, l'étape de l'acquisition du savoir-faire en breton fait défaut : l'utilisation du breton comme vecteur d'enseignement disciplinaire n'est envisagée que très partiellement dans les cursus existants.

Les professions de l'audio-visuel et de la création doivent former "sur le tas" en breton, car nul lieu ne propose, d'une manière ne serait-ce qu'optionnelle, une intégration à leur cursus de la langue bretonne. Les métiers de l'animation ne bénéficient pas non plus d'une formation adéquate en breton.

 

         Ce sont ces constats qui ont amené le Conseil Culturel de Bretagne à créer, en son sein, une commission chargée de l'enseignement supérieur en langue bretonne. Un inventaire des besoins est en chantier et des projets sont en cours d'élaboration.

 

         Bien qu'il se situe en parallèle des activités proprement universitaires, le programme envisagé par Stumdi relève de la même démarche. Le soin pris par l'organisme à s'associer diverses compétences reconnues devrait aussi garantir la qualité scientifique de la formation.

 

 

[1] Le volume horaire est conséquent : cf le stage de 6 mois qui représente 840 heures (par comparaison : les trois années de licence représentent en tout quelques 900 heures d'enseignement de breton).

[2] Création de la 3e année de licence et de la maîtrise en 1981, du DEUG (devenu licence 1 et 2) en 1989. Création d'une maîtrise "enseignement bilingue" à Rennes 2 en 1995, transformée en option de master en 2004 et supprimée en 2006.

[3] procédure de validation des acquis : 15 % des stagiaires de Stumdi se sont inscrits ensuite en licence (moyenne sur les deux dernières années).

 

2. Argumentaire de Soaz MARIA

 

Soaz MARIA

Formatrice à Stumdi

Chargée de l’élaboration et du suivi du programme formation supérieure

 

 

        Depuis plusieurs années, des formations en langue bretonne ont été mises en place, des objectifs fixés en matière de formation de personnel bilingue, enseignant ou autre.

 

        Des centaines de personnes ont été formées, notamment par Stumdi, et sont aujourd'hui en poste dans l'enseignement, le milieu associatif, la culture, la santé, les medias... Beaucoup rencontrent des difficultés quant à la pratique de la langue, orale et/ou écrite, et constatent les limites de leur formation initiale : certains se plaignent de ne pas disposer d'un environnement bretonnant suffisant pour améliorer leur pratique, de devoir prendre sur leurs congés et leurs fonds propres pour financer des cours du soir, des stages.

 

Outre les personnes ayant suivi ces formations initiales, combien, parmi ceux qui travaillent en breton, s'estiment suffisamment compétents, parfaitement à leur aise et armés? Certains cèdent au découragement (abandon de postes bilingues).

 

        Au-delà des vœux pieux (80,90% des sondés favorables à la langue bretonne), des statistiques, les questions de la pratique réelle et du niveau de langue doivent être posées. Qui imaginerait en effet, après une formation de 6 ou 8 mois, et quelle qu'en soit la qualité, ou même après un apprentissage familial souvent limité à la vie quotidienne, pouvoir non seulement travailler en breton mais l'utiliser aisément en toutes circonstances, par oral et par écrit, bref être parfaitement bilingue? Qui l'imaginerait pour l'anglais, l'allemand..., à fortiori pour une langue aussi profondément différente du français, par ses structures et son esprit, que l'est le breton?

 

Doit-on se contenter d'un minimum minimorum qui satisferait aux statistiques?

 

        Pour répondre aux attentes de ce public - les études universitaires ne répondant pas à ses besoins spécifiques, nous lui proposons un stage intensif basé sur la pratique de la langue, en immersion totale, par groupes de 6 à 10, stage de 3 mois, extensible à 4 ou 6 :

 

-Une première partie de 3 semaines de révision intensive et de perfectionnement: évaluation individuelle, grammaire, vocabulaire, dialectologie, techniques de travail.

-Une seconde partie de 10 semaines de travaux pratiques: pratique de l'oral et de l'écrit; travail sur enregistrements; élaboration de matériel rédactionnel, pédagogique, audiovisuel; exposés; ateliers; lecture et découverte de la littérature.

 

        Les stagiaires devront en outre élaborer 3 grands projets en binôme: enregistrement et transcription; dossier et exposé ou visite guidée; traduction.

 

        Soit 410h à raison de 31,5h par semaine (lundi, mardi, mercredi matin, jeudi, vendredi), encadrées et animées par des formateurs de Stumdi et des intervenants extérieurs pour des ateliers spécialisés et des conférences.

 

        L'objectif, au-delà de l'acquisition de compétences linguistiques pures, est d'augmenter sensiblement l'aisance à l'oral et à l'écrit, la capacité à utiliser les outils existants et à en créer d'autres, l'acquisition de techniques favorisant une plus grande autonomie.

 

 

Interventions extérieures dont certaines seront ouvertes au public

 


 


 
 
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